La technique du contre-feu pour banaliser la circulation d’informations sensibles.

     La controverse actuelle concernant le fichier Edvige rappelle sur bien des points ce qui s’était opéré avec « Bases Elèves » (le fichier centralisé obligatoire sur les enfants scolarisés qui remplace les fichiers tenus et gérés dans les écoles)[1].   Le déroulement des événements semble en effet suivre le même scénario, la même technique de contre-feu : une première version du projet suscite et focalise sur des points très précis une énorme émotion. Pour « Bases Eleves », il s’est agi du volet « nationalité » du registre obligatoire. Pour Edvige, c’est la question des informations possibles sur « l’orientation sexuelle » qui tient le même rôle.

Après quoi, ces points très précis et très controversés sont officiellement « abandonnés » ou remis à plus tard et les fichiers se généralisent et s’appliquent.

En ce qui concerne Bases Elèves, le champ à remplir sur les difficultés éducatives et les rééducations suivies ou conseillées pour l’enfant avaient également fait problème. Officiellement, il n’en serait plus question, même si le registre étant en place et échappant aux écoles (il est centralisé), les dits champs pourraient réapparaître demain sans qu’on puisse y faire grand-chose.

  Mais cela ne sera peut être pas nécessaire : la difficulté scolaire des enfants peut faire l’objet d’une circulation non contrôlée d’informations entre l’administration et les enseignants, en passant par de tout autres canaux.

Le ministère de l’Education Nationale a décidé, en effet,  dès cette rentrée scolaire, de réaffecter une partie des heures supprimées le samedi matin à la mise en place de 60 heures annuelles « d’aide aux élèves rencontrant des difficultés scolaires ». Ces heures d’ « aide personnalisée » contrairement aux aides spécialisées seront dispensées par un enseignant généraliste en dehors du temps scolaire des élèves.

Or, les enseignants étant tenus de justifier de l’emploi de ce temps supplémentaire, certains Inspecteurs ont semble t il demandé aux établissements de communiquer les listes des élèves faisant l’objet de soutien.

Si le champ « suivi au RASED [2]» posait légitimement problème dans le cadre de Bases Elèves, on voit que la circulation éventuelle de ces informations concernant le soutien sont tout aussi problématiques d’autant que ces échanges peuvent s’opérer sans contrôle, de façon désordonnée  ou pour tout autre motif.

On voit se banaliser à bas bruit un ensemble de pratiques qui risquent de constituer de solides « ornières » pour les enfants ainsi repérés. En invitant à mettre en avant la difficulté de ces enfants pour justifier leur travail ou activité, le risque est grand d’objectiver  et d’ériger des problématiques sociales, passagères, circonstancielles, en problèmes scolaires avérés.

L’individualisation pédagogique prônée, et à l’œuvre actuellement dans l’Education Nationale, risque rapidement de constituer de nouveau des filières, et en attendant de faire les preuves d’une quelconque utilité… de justifier la séparation et l’inégalité des ambitions.

Laurent Ott


[1] Ce fut aussi le cas  en 2007 avec la loi réformant le droit des étrangers et les « fameux » tests ADN.

[2] Les Réseaux d’aide spécialisés sont des dispositifs spécifiques de soutien et de suivi des élèves en difficulté à l’école.

Le taser à disposition des polices municipales : publication ce jour du décret

 

 

Annoncé depuis plusieurs mois, le décret permettant aux polices municipales de se doter du Taser vient d’être publié ( JORF n°0222 du 23 septembre 2008 page 14677). 

De manière on ne peut plus elliptique, le texte précise : « Au 1°, 4e catégorie, de l’article 2 du décret du 24 mars 2000 susvisé, il est ajouté un d ainsi rédigé : « d) Pistolets à impulsions électriques. »

Concrètement les agents de police municipale sont désormais autorisés à porter les armes suivantes : 

-4e catégorie :

a) Revolvers calibre 38 Spécial ;

b) Armes de poing calibre 7,65 mm ;

c) Armes à feu d’épaule et armes de poing tirant une ou deux balles ou projectiles non métalliques, classées dans cette catégorie par arrêté du ministre de la défense et dont le calibre est au moins égal à 44 mm.

Et donc d) le Taser (ou pistolets à impulsions électriques).

2° 6e catégorie :

a) Matraques de type "bâton de défense" ou "tonfa" ;

b) Générateurs d’aérosols incapacitants ou lacrymogènes ;

c) Projecteurs hypodermiques.

7e catégorie :

Armes à feu tirant une ou deux balles ou projectiles non métalliques, classées dans cette catégorie par arrêté du ministre de la défense et dont le calibre est au moins égal à 44 mm.

D’ores et déjà de nombreuses communes (parmi elles Hem, Le Raincy, Claye-Souilly, Emerainville, Etampes, Levallois-Perret, Rueil Malmaison, Dole, Orange, Venelles) ont fait savoir qu’elles se doteraient de cette arme.

Quant au patron de Taser France il annonçait dans Libération du 28 août 2008 que près de «350 mairies sont dans les starting-blocks» pour acquérir le Taser.

 

Dans le même temps la polémique enfle au Canada sur la dangerosité de cette arme. Un rapport publié en août indique que la police canadienne n’a pas effectué suffisamment de tests sur les dangers de ce pistolet paralysant avant d’en autoriser l’utilisation.

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