Vaincre l’échec scolaire : une réaction du professeur Montagner au rapport de l’institut Montaigne

De même que, du point de vue de la justice, la question de l’enfance tend à ne plus être nommée comme telle (on préfère dorénavant parler de "mineurs"), la tournure des débats éducatifs concernant la place des enfants à l’école tend à se focaliser sur le terme "élève" au détriment de toute réflexion globale sur ce qu’est un enfant, en fonction de son âge et de ses conditions de vie.

La prise en compte des déterminations sociales et culturelles des enfants à l’école est souvent réduite à leur impact sur le "métier d’élève" et en particulier sur les questions de comportement et de réussite scolaire.

L’accumulation des déclarations, annonces de lois ou de mesures prenant pour cible le "décrochage scolaire" ou les comportements incivils à l’école viennent renforcer une lecture unique des difficultés des enfants à l’école: les enfants seraient inadaptés aux exigences et aux attentes d’une institution scolaire qui, du coup, est exemptée de toute réflexion sur les causes sociales et institutionnelles de ses propres difficultés.

Pourtant les indicateurs et les études ne manquent pas, qui rappellent une toute autre réalité : les écoliers français s’ennuient particulièrement à l’école et y sont plus souvent malheureux que leurs homologues européens. De même, ils y subissent des rythmes
particulièrement déséquilibrés avec des journées trop longues mais aussi des périodes de vacances inégales et contre-productives.

De même encore, la focalisation précoce sur les notes et les performances des enfants, telle qu’elle se pratique en France, est source de découragement et est improductive. Même chose pour le redoublement très français, souvent dénoncé, jamais vraiment limité, qui est source de découragement et d’échec.

Il est curieux, dans ces conditions, de constater que les discours des officines ou groupes de pression focalisés sur le thème du "déclin de l’école" et du "niveau scolaire", continuent obstinément d’ignorer ces réalités.

Le rapport de l’Institut Voltaire n’échappe pas à cette tradition conservatrice. La réponse du Professeur Montagner est de ce point de vue à la fois forte et pragmatique.

Le rapport de l’institut Montaigne : http://www.institutmontaigne.org/vaincre-l-echec-a-l-ecole-primaire-3179.html
La réponse du professeur Montagner : Lettre de Montagner à l’Institut Montaigne

Laurent Ott

Comprendre pour mieux prévenir le décrochage scolaire et l’absentéisme

Nicolas Sarkozy voudrait rendre « systématique » la suppression des allocations familiales en cas d’absence injustifiée à l’école. Comme d’habitude, le politique adopte la posture moralisatrice de dénonciation du « laxisme ». La réalité a peu à voir avec ce discours. Dans la vie quotidienne, l’absentéisme pose d’abord des problèmes de comptage puisque des retards de quelques minutes entraînent souvent des comptages de demi-journées d’absence. Ensuite, c’est un problème complexe qui fait appel à plusieurs facteurs : difficultés scolaires croissantes au cours de la scolarité, orientation inadéquates et/ou non souhaitées, mauvaise relation avec l’école ou bien avec certains enseignants ou d’autres élèves, nécessité de travailler hors temps scolaire pour subvenir à ses besoins… Bien souvent, les lycées ne sont pas des lieux de vie accueillants pour les adolescents (ni pour les adultes du reste), qui cherchent ailleurs des lieux de convivialité et trouvent l’extérieur de l’école bien plus attractif et apaisant que l’intérieur. Pour clarifier la question de l’absentéisme et du décrochage scolaire qu’il annonce parfois, il faut envisager tous les aspects de la question et non un seul, au risque de se tromper de cible. C’est ce que montre une récente recherche réalisée dans l’Académie de Paris.

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Laurent Mucchielli

L’exercice de l’autorité parentale dans le cadre du placement : un guide de l’ANESM

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Cette recommandation de l’ANESM a pour objectif de promouvoir des pratiques professionnelles basées sur une prise en compte réfléchie et articulée des dimensions juridique, affective, sociale, et institutionnelle, qui traversent l’exercice de l’autorité parentale dans le cadre du placement.

Elle s’adresse aux structures (établissements et services) accueillant des mineurs placés sur décision administrative ou judiciaire : accueil familial, pouponnières, foyers de l’enfance, maisons d’enfants à caractère social, lieux de vie, villages d’enfants, centres éducatifs renforcés, centres éducatifs fermés, centres de placement immédiat, foyer d’action éducative, etc.

Mauvais anniversaire pour les Droits des enfants


Par Laurent Ott

Mauvais anniversaire sur les Droits des enfants

Les jardins d’éveil : à propos des propositions de Nadine Morano

Par Hubert MONTAGNER

Les jardins de Morano

Rendre l’école aux enfants » un livre de Laurent OTT

« Rendre l’école aux enfants », Laurent OTT, éditions Fabert , 168 pages.

 Avant propos (extrait)

Alexandre Lewin, ancien éducateur ayant  travaillé avec Korczak, définissait ce dernier comme « un homme profondément impressionné par le destin des autres ».[1]

Je crois que l’on ne peut pas faire ce métier, que l’on ne peut pas s’intéresser à l’éducation, sans chercher à de comprendre la vie de l’autre.

Bien entendu, le mot destin est trop fort et je lui préfère pour ma part, le terme de «condition ».

Pour moi, être éducateur, ou enseignant, cela renvoie de toute façon à la nécessaire connaissance et découverte de la condition de l’enfant : « 

« Qui est-il ? », « Quelle est sa vie ? », « A quoi pense-t-il toute la journée ? », « Quels sont ses mots pour dire le Monde ? "

L’école n’apprendra jamais rien à l’enfant si elle n’est d’abord le lieu où celui-ci peut concrètement faire l’expérience d’être connu, puis reconnu.

Pourtant, depuis plus de 20 ans, l’école a pris une autre direction : elle prend de moins en de temps dans la vie de l’enfant, menace de laisser de côté certaines tranches d’âge, se replie sur des savoirs qui,  pour se présenter comme « fondamentaux », n’en sont pas moins arbitraires, réduits et abstraits.

A force de parler d’évaluations nationales, de socle commun, de soutien individualisé, de luttes et de dépistages en  tout genre, des dangers dont les enfants seraient synonymes, on a perdu de vue que, à l’école, comme dans la société, l’enfant n’est pas un danger mais une richesse.

Une autre tendance lourde de l’école, tout au long du XXème siècle est l’abandon qu’elle met en œuvre du temps de l’enfant ; de moins en moins de jours d’école mais toujours aussi mal répartis, de moins en moins d’heures, des vacances pendant lesquelles  les enfants sont laissés dans un réel abandon, telle est l’évolution durable de l’école.

Ainsi l’école prend-t-elle de moins en moins de place dans la vie des enfants ; de ce fait, elle donne davantage d’importance à ce qui, se passe dans les deux autres temps de l’enfance à savoir le temps familial et le temps libre. Cette importance nouvelle accroît bien sûr les inégalités.

  Ainsi, nous sommes aujourd’hui confrontés à ceci,   que la principale source d’injustices,  de traitement et d’avenirs pour les enfants plonge ses racines aussi bien dans le temps scolaire, que dans le temps « hors scolaire »,  laissé en friche et à l’abandon.

Qui dira combien les enfants sont de moins égaux face à l’accès aux loisirs, à la culture, aux équipements éducatifs… Comment nombre d’entre eux sont relégués dans leur famille tandis que d’autres repoussent en permanence plus loin le nombre de leurs bénéfices ? Séjours à thèmes, de découverte d’aventure, linguistique, technologique, etc.… Pour les autres ce sera temps de rattrapage à l’école (réforme Darcos) … éventuel soutien scolaire, Programme de Réussite Éducative qui met leur famille sous contrat …et puis rien !

Plus récemment le mot « éducation » s’est retrouvé réhabilité dans les discours des ministres comme au sein de nombreuses salles des maîtres ou conférences pédagogiques ; il conviendrait de nouveau d’éduquer les enfants et surtout les jeunes, mais on se rend compte que l’éducation dont il est alors question se situe bien davantage du côté de la REEDUCATION.

Éduquer aujourd’hui comme on l’entend, c’est d’abord rééduquer l’enfant des habitudes néfastes de sa famille, de sa culture d’origine erronée et de ses mauvaises fréquentations.  Si d’aventure, on explique qu’éduquer c’est avant tout accueillir, faire de la place, accompagner, établir une relation de confiance… on suscite souvent le plus grand étonnement et le scepticisme.

Qui rappellera qu’éduquer c’est, avant toute chose, créer du lien ? Qui ajoutera que l’éducation d’abord un « don d’éducation » ? Une offrande obligée qui oblige à son tour et qui insère ce faisant chaque enfant dans l’humanité ?

Ayant eu l’occasion au cours de mon parcours professionnel d’exercer tour à tour comme éducateur spécialisé, instituteur, professeur d’école, directeur, animateur, formateur en travail social, j’ai été à la fois confronté à l’éparpillement, la déliaison, au manque de communication entre tous ces  professionnels… J’ai également constaté l’évidence de l’unité fondamentale de la fonction éducative.

Partout fait l’expérience qu’éduquer c’est à la fois créer du lien, transmettre, donner des limites, mais aussi soigner et transformer la réalité.

En tant qu’idée l’école, en effet l’école est éternelle, mais elle doit aujourd’hui se réinventer. Ce chantier bien entendu nous concerne car tous les anciens enfants, parents, professionnels sont des acteurs d’école.

  La meilleure voie, pour y parvenir passera par la compréhension que l’école doit être au service des besoins éducatifs, sociaux et affectifs des enfants ; il faut de ce point de vue « la leur rendre ».

 

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ÉDUQUER OU CIVILISER LA BANLIEUE ? Ouvrage de Nasser Demiati

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Lettre ouverte au président de la République française à propos de l’éducation du peuple

préface de Raphaël Confiant

Il s’agit d’une très vieille tradition, qui n’est propre ni à la France ni même à l’Europe : celle de l’adresse au maître, au chef, au roi ou, de nos jours, au président. Adresse qui prend, ici et là, des formes diverses, se faisant tantôt supplique haranguée en place publique, tantôt lettre ouverte publiée dans la presse ou encore opuscule fiévreux qui doit se lire d’une traite.

Nasser Demiati, banlieusard mais/et diplômé, a choisi cette dernière forme pour dire à Nicolas Sarkozy son fait quant à la question de l’éducation populaire. Pour le président français, en effet, le « mal des banlieues », comme le disent pudiquement les magazines germanopratins, proviendrait tout à la fois de l’absence d’encadrement parental et de l’échec de l’école républicaine. Les jeunes voyous, dans leur grande majorité africains et maghrébins, la racaille, pour employer un mot devenu célèbre, font le commerce de la drogue, agressent les honnêtes gens, brûlent des voitures le samedi soir (ou des bibliothèques et des écoles lors des émeutes) parce que l’autorité de l’État aurait déserté les « quartiers sensibles », autre euphémisme qu’affectionnent les éditorialistes bien pensants. Il s’agit donc d’abord d’y rétablir la loi et l’ordre (en renforçant la présence policière), puis, à travers l’institution scolaire, d’arracher les élèves à l’obscurantisme parental (fortement teinté d’islam) dans lequel ils baignent.

On comprend que Nasser Demiati ait fait de l’insolence une sorte de devoir. Mais il s’agit d’une insolence cultivée, brillante même, qui dénote une solide connaissance de l’histoire de France tout autant qu’une aptitude remarquable à utiliser les théories sociologiques les plus modernes au service de sa démonstration. Mêlant ainsi l’analyse la plus rigoureuse à l’anecdote personnelle, il nous conduit au galop, mais sans raccourcis réducteurs, au cœur même du problème : la mythique école républicaine de papa est morte et bien morte. Elle s’est fracassée contre cette résistance têtue, tantôt muette tantôt braillarde, que lui ont opposée, depuis les années soixante, ceux qui aiment, pour certains, à s’appeler « les Indigènes de la République ». (extrait de la préface de Raphaël Confiant) 

 

Nasser Demiati, chargé d’enseignement en sociologie à l’université d’Évry-Val-d’Essonne, est notamment co-auteur de l’ouvrage Quand les banlieues brûlent… Retour sur les émeutes de novembre 2005 (La Découverte, 2007), et de différents articles sur les banlieues, l’éducation populaire et l’islam.

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