Prison ou centre fermé : nouvelle confusion

La ministre de la Justice n’est pas la seule à entretenir la confusion entre centres éducatifs fermés et établissements pénitentiaires pour mineurs. La dépêche du Midi consacre le 21 octobre un dossier aux mineurs en prison. On y lit avec surprise que « l’ouverture du centre fermé de Lavaur dans le Tarn veut sortir les jeunes délinquants de l’impasse prison ».

Or il s’agit bien d’une prison pour mineurs à Lavaur et certainement pas d’un CEF. Du coup il faut lire que «  la prison pour mineurs de Lavaur veut sortir les jeunes délinquants de l’impasse prison » !!  

http://www.ladepeche.fr/article/2008/10/21/483057-Justice-Mineurs-l-impasse-prison.html

 

Mineurs en prison : tous des criminels ?

Lors de l’émission "mots croisés" du 16 octobre 2008, Rachida Dati a affirmé à deux occasions que les mineurs en prison ou en centre éducatif fermé l’étaient pour des faits criminels. Cette affirmation ne correspond à aucune réalité. En 2006, 713 mineurs ont été condamnés pour des faits criminels dont 313 à de la prison ferme. Au total la même année c’est plus de 3700 peines de prison ferme -délits ou crimes- prononcées à l’encontre des mineurs.  Cette confusion est fort à propos critiquée par un communiqué SNPES-PJJ-FSU. 

 

 

COMMUNIQUE DE PRESSE SNPES-PJJ-FSU

 

ASSEZ DE MENSONGES !

 

 

Le SNPES-PJJ-FSU tient à réagir aux propos tenus par Mme Dati au cours de l’émission télévisée « mots croisés » du 16 octobre. A plusieurs reprises, elle a affirmé que les jeunes placés en centre fermés et en détention étaient « des criminels, des violeurs, des trafiquants, ceux qui brûlent des bus avec des personnes dedans ».

En tant que magistrate et Ministre de la Justice, Mme Dati sait parfaitement que sur la totalité des mineurs incarcérés en 2007, 65% l’ont été en qualité de prévenus donc en attente d’être jugés.

Elle sait que parmi les mineurs incarcérés, il y a des mineurs ayant fugué de centres fermés, enfreignant ainsi leur contrôle judiciaire, mais n’ayant pas commis de nouveau délit.

Elle sait également  que la qualification juridique de crime, recouvre des faits de nature différente et pas nécessairement des actes de grands criminels comme ses propos veulent le laisser entendre. Ainsi un vol à l’arraché en groupe peut être criminalisé.

De plus en matière de délit, la loi sur la récidive d’août 2007 que Mme Dati a fait voter, permet qu’un adolescent de 16 ans déjà condamné deux fois pour un vol à l’arraché de téléphone portable devra, par principe, la troisième fois, être condamné à une peine minimale de deux ans d’emprisonnement.

Comment comprendre qu’une Ministre de la Justice pêche par autant d’ignorance si ce n’est pour cacher sciemment la vérité et se livrer à des amalgames populistes et démagogiques.

Ses attaques réitérées contre les professionnels de la justice, au-delà du mépris qu’elles  expriment, s’expliquent avant tout par une volonté d’empêcher toute contradiction.

Exposer la réalité autrement plus complexe de la situation des mineurs auteurs de délits, viendrait invalider la politique qui est conduite par Mme Dati à l’égard de ceux-ci. Elle la contraindrait à prendre en compte les graves difficultés dont les professionnels et des organismes comme l’Observatoire National de l’Enfance en Danger  peuvent témoigner.

Ainsi l’ONED souligne dans trois études récentes que « ces jeunes dont la violence fait souvent peur, ont en commun une grande souffrance, issue parfois de la toute petite enfance… ils cumulent des difficultés sociales, familiales, scolaires, psychologiques, voire psychiatriques… la délinquance est le fruit des difficultés des jeunes et de l’incapacité à y répondre ».

Madame Dati n’a de cesse de répéter les propos caricaturaux de M. Sarkozy pendant sa campagne présidentielle. Elle prépare le terrain pour le rendu compte de la commission Varinard sur la refonte de l’ordonnance de 1945 qui, probablement, ira encore plus loin dans la volonté de réduire les adolescents à leurs actes délinquants en déniant la nature de leurs difficultés.

 

Le SNPES-PJJ/FSU continuera à soutenir une législation des mineurs qui prenne en compte ces difficultés et un service de Protection Judiciaire qui puisse accompagner les jeunes auteurs de délits afin qu’ils dépassent leurs difficultés et parviennent à s’insérer socialement.

 

                                                                                             Paris le 17/10/2008

 

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