Un appel à la dépénalisation de l’outrage

Un collectif pour une dépénalisation du délit d’outrage, le CODEDO a été créé en octobre 2008. Il lance aujourd’hui une pétition dont nous repoduisons ci-dessous l’argumentaire et le lien :

Ces dernières années, le délit d’outrage est devenu en France un délit « en vogue ». De 17.700 faits enregistrés en 1996, on est passé à 31.731 en 2007. Cette inflation (+ 42%), qui s’inscrit clairement dans le contexte actuel du « tout-répressif », pose de vraies questions, notamment celle, récurrente, des violences policières.

Le délit d’outrage, qui consiste à porter atteinte à la dignité d’un représentant de l’autorité publique, ou à ses fonctions, est très proche du délit d’injure, qui appartient au régime des infractions de presse, très protecteur de la liberté d’expression. Ce qui n’est pas le cas de l’outrage, délit de tous les arbitraires, passible de 7.500 euros d’amende et de six mois de prison. Alors que l’injure à un citoyen « ordinaire » ne « coûte » que 45 euros.

Cette ahurissante disproportion constitue la première des 10 raisons pour lesquelles les initiateurs de cet appel demandent que ce délit arriéré, obsolète, inique, soit chassé du Code pénal, comme le furent jadis les délits d’offense à la morale religieuse, d’outrage aux bonnes mœurs, et plus récemment (1994) le délit d’outrage par la voie du livre.

·          parce que l’outrage constitue une aberration de droit, l’agent constatateur étant en même temps la « victime » et que devant un tribunal, c’est parole contre parole, celle du fonctionnaire assermenté contre celle du citoyen lambda.

·          parce qu’il est utilisé par les « forces de l’ordre » (police, gendarmerie, police ferroviaire) pour couvrir des violences policières de plus en plus nombreuses et insupportables, des abus d’autorité scandaleux, des gardes à vue arbitraires (+ 54% en 5 ans) qui font de chaque citoyen, quelles que soient ses origines sociales, un coupable potentiel.

·          parce qu’il est utilisé à des fins mercantiles par des policiers, des gendarmes qui arrondissent leurs fins de mois en se portant partie civile.

·          parce que, dans le contexte actuel de la politique de rendement imposée dès 2002 par le ministre de l’Intérieur Sarkozy, l’outrage est scandaleusement utilisé pour faire grimper le taux d’élucidation des infractions.

·          parce que l’outrage participe à une pénalisation des rapports sociaux en sanctionnant la parole au détriment du dialogue démocratique.

·          parce que l’outrage concourt à un rétrécissement des libertés individuelles, et qu’il est utilisé par le pouvoir sarkozyste comme une arme de répression massive pour bâillonner les luttes militantes, notamment lorsque des citoyens, s’opposant à la traque des sans-papiers organisée par le ministre de l’Identité nationale, se voient traînés devant les tribunaux.

·          parce que, s’il est normal que la République protège ses fonctionnaires, le fait que certains d’entre eux, notamment des policiers, des gendarmes, en profitent pour masquer leurs fautes et rattraper leurs propres insuffisances constitue un danger pour la démocratie, a fortiori dans la patrie dite « des droits de l’homme ».

·          parce que le délit d’outrage, exception française, n’existe pas chez la plupart de nos voisins européens, ni aux Etats-Unis.

·          enfin, parce qu’il y a dans la loi sur la presse de 1881 tout ce qu’il faut pour réparer l’outrage…

Nous demandons sa dépénalisation.

Mais le délit d’outrage n’est pas le seul en cause…

Tout récemment, et pour la première fois depuis 34 ans, un avatar de l’outrage a été remis au goût du jour : le délit d’offense au président de la République. Autrement dit, le crime de lèse-majesté. Un citoyen français a été condamné à 30 euros d’amende avec sursis pour avoir, lors du passage d’un cortège présidentiel, brandi une pancarte estimée offensante par la justice. L’affaire est d’autant plus scandaleuse (et ridicule) que cette personne ne faisait que reproduire l’injure adressée le 23 février 2008 au salon de l’Agriculture par le président de la République à un citoyen qui avait refusé de lui serrer la main. Elle est d’autant plus intolérable que nombre de nos concitoyens sont en droit de considérer ce « Casse-toi pauvre con ! » adressé à un des leurs comme une offense à la Nation tout entière, et n’hésitent plus à poser la question : « Quel respect accorder à un président de la République aussi peu respectueux de ses concitoyens ? »

Dans ces conditions, et alors que le délit d’offense à chef d’Etat étranger a été supprimé en 2004, après avoir été déclaré contraire à la Convention européenne des droits de l’homme, nous disons que le délit d’offense au chef de l’Etat français n’a plus sa place dans notre société. Et nous demandons l’abrogation pure et simple de l’article 26 de la loi du 29 juillet 1881, relatif à l’offense au chef de l’Etat.

Enfin, les signataires de cet appel lancent un cri d’alarme et appellent solennellement à un débat public sur le thème des violences policières et du comportement de plus en plus brutal d’une police dont on peut se demander si elle est encore au service des citoyens et de la République, ou au service exclusif d’un pouvoir chaque jour un peu plus attiré par des dérives totalitaires. Cette menace pour la démocratie ne peut laisser aucun citoyen indifférent. Trop de personnes ne supportent plus de vivre dans la peur d’un contrôle de police. Il est temps pour les femmes et les hommes politiques de notre pays de regarder la réalité en face, avec un courage qui ne fait pas défaut aux citoyens, et de ne plus considérer les violences policières comme un sujet tabou. Il y a urgence.

·          Romain Dunand (condamné à 800 € d’amende, dont 600 avec sursis pour outrage à Nicolas Sarkozy)

·          Jean-Jacques Reboux (condamné à 150 € d’amende avec sursis pour outrage à policier)

·          Eunice Barber (condamnée à 5.000 € d’amende pour outrage et rébellion)

·          Maria Vuillet (poursuivie pour outrage au sous-préfet d’Ile-de-France, relaxée, appel en cours)

·          Simone Levavasseur (poursuivie pour outrage au préfet de Haute-Saône)

·          Hervé Eon (condamné à 30 € d’amende avec sursis pour offense au président de la République, appel en cours)

·          Serge Szmuzskowicz (condamné à 500 € d’amende pour outrage à gendarme en civil)

·          Isabelle Sylvestre (poursuivie pour outrage à policier)

·          Jean-Paul Desbruères (outrageur non poursuivi), Patrick Mohr (poursuivi pour outrage à CRS)

·          Jean-Claude Lenoir (poursuivi pour outrage à CRS)

·          Yves Baumgarten (poursuivi pour outrage à policier)

 http://codedo.blogspot.com/2008/12/en-rage-contre-le-dlit-doutrage.html

Une Réponse

  1. J’ai été interpellée il y a 1 an et demi , par des policiers municipaux, sur un parking, pour m’être garée sur une place de parking, pour handicapé.
    J’étais tout à fait d’accord pour payer l’amande, mais j’étais pressée de partir ceux-ci l’ont mal interprête et m’ont brutalement empoigné pour me faire rentrer de force dans une voiture de police, j’ai eu très peur et j’ai pleuré et crié ,des témoins ont voulu témoigner et ont subi des pressions des policiers et ont été repoussés. Ils m’ont accusés de rebelion de les avoir insulter de grossièrete inventées et d’avoir insulter la police en général, je suis restée traumatisée par ma garde en céllule toute la nuit Depuis il me réclame des indemmité énormes d’autant plus qu’un des policier aurait prétendu avoit été aggresssé et perturbé pychologiquement par cette affaire par une simulation de traumatismes fictifs( puisque j’ai été menottée et qu’il y avait des témoins…
    Je suis suivie par mon médecin et j’ai perdu mon travail, pour raison de santé car ils ont obtenus gain de cause : car les jurés n’ont pas tenus compte que j’étais en état de choc face à leurs brutalité et leurs mauvaises foi ( en me menacant qu’ils se soutiendront pour le témoignage et que ce sera leurs paroles contre la leur… Le fait que j’ai signé les aveux était une reconnaissance pour eux,
    Je ne sais comment m’en sortir financièrement car je suis au chomage, j’ai beau crier à l’injustice !

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