Rendre l’école aux enfants » un livre de Laurent OTT

« Rendre l’école aux enfants », Laurent OTT, éditions Fabert , 168 pages.

 Avant propos (extrait)

Alexandre Lewin, ancien éducateur ayant  travaillé avec Korczak, définissait ce dernier comme « un homme profondément impressionné par le destin des autres ».[1]

Je crois que l’on ne peut pas faire ce métier, que l’on ne peut pas s’intéresser à l’éducation, sans chercher à de comprendre la vie de l’autre.

Bien entendu, le mot destin est trop fort et je lui préfère pour ma part, le terme de «condition ».

Pour moi, être éducateur, ou enseignant, cela renvoie de toute façon à la nécessaire connaissance et découverte de la condition de l’enfant : « 

« Qui est-il ? », « Quelle est sa vie ? », « A quoi pense-t-il toute la journée ? », « Quels sont ses mots pour dire le Monde ?  »

L’école n’apprendra jamais rien à l’enfant si elle n’est d’abord le lieu où celui-ci peut concrètement faire l’expérience d’être connu, puis reconnu.

Pourtant, depuis plus de 20 ans, l’école a pris une autre direction : elle prend de moins en de temps dans la vie de l’enfant, menace de laisser de côté certaines tranches d’âge, se replie sur des savoirs qui,  pour se présenter comme « fondamentaux », n’en sont pas moins arbitraires, réduits et abstraits.

A force de parler d’évaluations nationales, de socle commun, de soutien individualisé, de luttes et de dépistages en  tout genre, des dangers dont les enfants seraient synonymes, on a perdu de vue que, à l’école, comme dans la société, l’enfant n’est pas un danger mais une richesse.

Une autre tendance lourde de l’école, tout au long du XXème siècle est l’abandon qu’elle met en œuvre du temps de l’enfant ; de moins en moins de jours d’école mais toujours aussi mal répartis, de moins en moins d’heures, des vacances pendant lesquelles  les enfants sont laissés dans un réel abandon, telle est l’évolution durable de l’école.

Ainsi l’école prend-t-elle de moins en moins de place dans la vie des enfants ; de ce fait, elle donne davantage d’importance à ce qui, se passe dans les deux autres temps de l’enfance à savoir le temps familial et le temps libre. Cette importance nouvelle accroît bien sûr les inégalités.

  Ainsi, nous sommes aujourd’hui confrontés à ceci,   que la principale source d’injustices,  de traitement et d’avenirs pour les enfants plonge ses racines aussi bien dans le temps scolaire, que dans le temps « hors scolaire »,  laissé en friche et à l’abandon.

Qui dira combien les enfants sont de moins égaux face à l’accès aux loisirs, à la culture, aux équipements éducatifs… Comment nombre d’entre eux sont relégués dans leur famille tandis que d’autres repoussent en permanence plus loin le nombre de leurs bénéfices ? Séjours à thèmes, de découverte d’aventure, linguistique, technologique, etc.… Pour les autres ce sera temps de rattrapage à l’école (réforme Darcos) … éventuel soutien scolaire, Programme de Réussite Éducative qui met leur famille sous contrat …et puis rien !

Plus récemment le mot « éducation » s’est retrouvé réhabilité dans les discours des ministres comme au sein de nombreuses salles des maîtres ou conférences pédagogiques ; il conviendrait de nouveau d’éduquer les enfants et surtout les jeunes, mais on se rend compte que l’éducation dont il est alors question se situe bien davantage du côté de la REEDUCATION.

Éduquer aujourd’hui comme on l’entend, c’est d’abord rééduquer l’enfant des habitudes néfastes de sa famille, de sa culture d’origine erronée et de ses mauvaises fréquentations.  Si d’aventure, on explique qu’éduquer c’est avant tout accueillir, faire de la place, accompagner, établir une relation de confiance… on suscite souvent le plus grand étonnement et le scepticisme.

Qui rappellera qu’éduquer c’est, avant toute chose, créer du lien ? Qui ajoutera que l’éducation d’abord un « don d’éducation » ? Une offrande obligée qui oblige à son tour et qui insère ce faisant chaque enfant dans l’humanité ?

Ayant eu l’occasion au cours de mon parcours professionnel d’exercer tour à tour comme éducateur spécialisé, instituteur, professeur d’école, directeur, animateur, formateur en travail social, j’ai été à la fois confronté à l’éparpillement, la déliaison, au manque de communication entre tous ces  professionnels… J’ai également constaté l’évidence de l’unité fondamentale de la fonction éducative.

Partout fait l’expérience qu’éduquer c’est à la fois créer du lien, transmettre, donner des limites, mais aussi soigner et transformer la réalité.

En tant qu’idée l’école, en effet l’école est éternelle, mais elle doit aujourd’hui se réinventer. Ce chantier bien entendu nous concerne car tous les anciens enfants, parents, professionnels sont des acteurs d’école.

  La meilleure voie, pour y parvenir passera par la compréhension que l’école doit être au service des besoins éducatifs, sociaux et affectifs des enfants ; il faut de ce point de vue « la leur rendre ».

 

scanLivrEcol

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2 Réponses

  1. Notre message de parents est incompréhensible face à la société actuelle.
    qui, elle, en revanche a besoin d’être rééduquée

  2. Rompre avec l’école libérale!

    L’auteur, enseignant, chercheur, éducateur ne prend pas de gants. Il frappe à mains nues, sans hésitation.
    Le libéralisme, le conformisme et les différentes réformes dites de restauration des savoirs fondamentaux en prennent un coup, certes mais ils le méritent.
    Laurent Ott s’en prend à tous les épouvantails pédagogiques qui ont hanté « l’imaginaire social concernant l’école »: les maths modernes, les textes libres, l’éveil ou- il y a peu- la méthode globale. Je le suivrais bien volontiers, même si pour les mathématiques modernes, je suis un peu plus critique que lui.
    Je me retrouve assez bien dans ses démonstrations et analyses et ses critiques du système…
    J’ai essayé durant toute ma carrière d’exercer en utilisant les méthodes modernes et en refusant certaines normes comme le rang, l’interdiction de certains jeux en récréation, l’obligation de lever sa main pour aller aux toilettes… mais je serais plus modéré quand il s’agit de vanter la pédagogie moderne…On peut à la fois intéresser les élèves, les rendre le plus souvent acteurs tout en utilisant des méthodes traditionnelles… A mon avis c’est une question de choix personnel et de posture. Si je me suis inspiré de Freinet, ce n’est pas uniquement par choix idéologique mais parce que j’éprouvais du plaisir à enseigner ainsi.
    Cette remarque étant effectuée, je suis largement Laurent Ott quand il dénonce une société où l’enfant est sur-protégé à tel point qu’à certains moments les contraintes règlementaires sont tels que les enseignants n’organisent plus de classes d’environnement et l’entrée dans l’école est quasi impossible pour les parents.

    Que deviennent les enfants?

    « Bien entendu, au milieu de toutes les campagnes, de toutes les sensibilisations qu’on leur assène pour les protéger contre le sida, la délinquance, le tabac, la drogue, les sectes, etc…, on n’aura pas le temps de leur apporter une réelle éducation aux risques, ni de véritables occasions de réfléchir au sens de leur vie, à leur place dans la société, etc »
    Des enseignants, plutôt adeptes d’une certaine forme de directivité et d’un retour aux fondamentaux s’offusqueront! Qu’ils poursuivent leur lecture, ils trouveront là un « exposé » vivant et chaleureux qui présente une pédagogie trop souvent ignorée.
    Les autres trouveront là le témoignage d’un enseignant qui considère que son métier consiste avant tout à créer du lien, à permettre aux enfants de devenir des co-auteurs de leurs apprentissages, sans que la fonction de l’éducateur soit sous-évaluée, bien au contraire.

    Il est un temps où j’animais un journal électronique « Repère » où des praticiens ayant des options très différentes débattaient entre eux sans tabou mais avec le respect de l’autre.. une décision bureaucratique qui n’est pas de ma responsabilité m’a contraint d’abandonner ce projet éditorial, je le regrette car ce débat sur l’école que nous voulons doit se mener sans que le sectarisme ne fausse les enjeux.

    Jean-François CHALOT

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